L’approche « agile » pour accepter les changements

La gestion même du projet peut sembler se complexifier au regard des ajustements continuels entre les contraintes de délais et de budget. Les risques se multiplient, du fait même de cette gestion, et alimentent les difficultés du Chef de Projet.

C’est dans ce cas précis que la philosophie « agile » prend tout son sens. C’est une approche où le changement et les adaptations sont intrinsèques à l’organisation. Ils sont donc acceptés et mis en œuvre plus facilement par les acteurs du projet.

Dans le domaine informatique par exemple, le rapport CHAOS, publié en 2015 par le « Standish Group » (rapport réalisé à partir de 50 000 projets de développement logiciel à travers le monde.), celui-ci confirme que le taux de réussite des projets « agiles » atteint 39% (toutes tailles de projets confondues) contre 11% de réussite pour les projets en méthode « classique ».

https://www.infoq.com/fr/articles/rapport-chaos-2015

Le travail collaboratif et les itérations réalisées tout au long du projet permettent de rectifier les erreurs au plus tôt dans le projet et plus régulièrement que dans le cadre d’une gestion de projet « classique ».

On favorisera les équipes de petite taille (10 personnes environ) ayant si possible un profil polyvalent. L’expertise de chaque intervenant du projet est un des éléments essentiels et nécessaires pour la réussite d’un projet « complexe ». On conservera si possible la même équipe tout au long du projet.

Autres facteurs impactant les délais

Les erreurs ou omissions dans la définition des objectifs, la disponibilité des ressources, le pilotage des réalisations, etc., sont autant de facteurs de risque menaçant les projets. La première cause de dérive des projets est l’extension des limites du projet au fur et à mesure de sa réalisation : lorsque les limites du projet n’ont pas été correctement fixées, des tendances d’extensions continuelles se manifestent sans que l’on puisse les écarter, faute d’avoir défini des frontières contractuelles claires et précises. La gestion quantitative des ressources ne dispense pas d’intégrer les facteurs humains dans la conduite de projet.

L’approche Agile correspond à un ensemble de bonnes pratiques dont le fondement s’appuie sur des études scientifiques ou plus simplement sur des retours d’expérience acquis au fil des années par les communautés de gestionnaire de projets.

Time box

Cyril Northcote Parkinson, après une longue expérience dans l’administration anglaise, déduit en 1958, qu’un travail tend à se « dilater » pour occuper tout le temps disponible. D’où la nécessité de se fixer un objectif temps (réaliste) pour réaliser une tache et de s’imposer des dates limites de fin de réalisation : le time box.

Se fixer un time box c’est se donner une contrainte de réalisation « au mieux » d’un ou plusieurs objectifs dans un cadre de temps immuable et de préférence le plus court possible. C’est pourquoi une itération doit avoir une durée limitée et fixe dans le temps. Cette approche est fondée sur la prise en compte du caractère subjectif de la détermination qu’un travail est effectivement fini : comme on peut toujours tout améliorer, alors on risque de ne jamais rien finir.

Le principe : la date fixée ne bouge pas, le contenu de l’itération est la variable ajustable (on peut par exemple retirer des taches à réaliser dans l’itération n et les passer en n+1). Si le travail n’est pas terminé dans l’itération n comme prévu alors on fait une rétrospective afin et on corrige le tir pour ne pas recommencer la fois suivante. C’est contraignant au départ mais cela oblige à hiérarchiser les objectifs et donne une cadence à l’équipe mais aussi des repères, des deadlines claires.

Le time boxing peut également aider à :

  1. Maîtriser le perfectionnisme : en définissant des objectifs SMART à accomplir avant que le temps alloué ne soit terminé, cela permet de prioriser les choses essentielles, d’éviter de se focaliser sur les détails.
  2. Augmenter l’efficacité : on se donne une pression saine et suffisante afin d’effectuer le travail demandé dans un laps de temps réduit.

Planification au fil de l’eau

Au démarrage d’un projet, l’incertitude est grande : elle décroit au fur et à mesure que le travail avance. La Figure 11 donne une idée de son évolution au fil du temps : c’est le cône d’incertitude, popularisé par Steve Mc Connell.

En effet, les estimations sont fausses car elles reposent sur des hypothèses, pas des faits. Or, dans les faits, le contexte d’exécution du projet change souvent. Les proportions dans lesquelles cette erreur peut varier est très importante.

Mc Connell1 a travaillé chez Microsoft au redressement des projets en difficulté. Il a tiré de son expérience une observation : plus le projet approche de sa finalisation, plus les estimations qu’on réalise deviennent proches de la durée finale réelle. Le corollaire de cette évidence, c’est qu’au début d’un projet les estimations sont très éloignées de ce que sera la réalité.

Mc Connell a établi des coefficients montrant les variations de l’écart dans le temps du projet, entre les estimations les plus optimistes et les plus pessimistes. Au début du projet, les estimations sérieuses oscillent en 4 fois et 0,25 fois la durée que le projet prendra réellement.

L’écart entre l’hypothèse la plus optimiste et l’hypothèse la plus pessimiste traduit le niveau de risques que l’on prend en compte : un projet se déroule rarement de manière complètement catastrophique, et jamais idéalement non plus.

 

On notera que pour un projet estimé à 100 jours homme, la durée réelle pour un projet réussi au final peut se situer entre 25 et 400 jours homme, soit un rapport de 1 à 16. Ainsi, la fin du projet de d’une durée minimale de cinq semaines peut intervenir entre cinq semaines et un an et demie.

L’approche agile prend en compte cette réalité et s’y adapte en planifiant des itérations sur le modèle du PDCA de Deming. On avance pas à pas, on ne planifie que l’étape à venir et, en fonction des résultats de cette étape et des enseignements tirés, on planifie l’étape suivante.

 

La roue de Deming est un moyen mnémotechnique qui permet de repérer avec simplicité les étapes à suivre pour améliorer la qualité dans une organisation. La méthode comporte quatre étapes, chacune entraînant l’autre, et vise à établir un cercle vertueux.

Sa mise en place doit permettre d’améliorer sans cesse la qualité d’un produit, d’une œuvre, d’un service, etc.

  1. Plan : préparer, planifier;
  2. Do : développer, réaliser, mettre en oeuvre;
  3. Check : contrôler, vérifier ;
  4. Act (ou Adjust): agir, ajuster, réagir.

Le fait de procéder par étapes présente l’avantage de ne consacrer l’effort de planification qu’à l’étape qui démarre, sans perte inutile de temps pour élaborer un planning détaillé à long terme totalement hypothétique.

La différence entre une gestion de projet Agile et une approche basée sur une planification traditionnelle peut être représentée sous forme graphique.

Comparaison des approches : Agile et traditionnelle

Remarque importante : l’estimation d’une enveloppe globale est indispensable.


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